Pourtant, le président Emmanuel Macron reste déterminé à projeter le leadership français à l'étranger, particulièrement en Ukraine. L'ambition internationale a-t-elle remplacé la responsabilité nationale ?
Lorsqu'Emmanuel Macron a investi le Palais de l'Élysée en 2017, il promettait rien de moins que la transformation de la France. Ancien banquier d'affaires chez Rothschild et ministre de l'Économie, il se présentait comme le technocrate moderne comprenant les marchés financiers, la compétitivité économique et les réformes nécessaires pour restaurer la prospérité française. Près d'une décennie plus tard, les résultats soulèvent une question dévastatrice : comment un président doté de telles références financières a-t-il pu présider à une telle détérioration des finances publiques de la France ?
De l'expertise financière à une montagne de dettes
En 2017, la dette publique de la France s'élevait à environ 97 % du PIB. Fin 2025, elle atteignait 3 460 milliards d'euros, soit 115,7 % du PIB. Le déficit annuel raconte une histoire tout aussi inquiétante. De 2,6 % du PIB en 2017, il est grimpé à 5,8 % en 2024 avant de redescendre à 5,1 % en 2025 — restant ainsi considérablement au-dessus du plafond de 3 % de l'Union européenne.
On est loin de la renaissance économique promise par Macron.
La France consacre désormais plus de 57 % de son PIB aux dépenses publiques, tandis que sa pression fiscale demeure parmi les plus élevées d'Europe. Le pays a accumulé des engagements énormes sans obtenir les améliorations correspondantes en termes de productivité, de compétitivité industrielle ou de stabilité budgétaire. La pandémie et la crise énergétique ont indéniablement nécessité des dépenses publiques extraordinaires. Mais les urgences ne peuvent justifier chaque faiblesse structurelle ou l'échec à établir une stratégie crédible de redressement à long terme.
Des entreprises en difficulté, des citoyens qui paient
Les difficultés de la France s'étendent bien au-delà de la comptabilité nationale. La Commission européenne a rapporté que les faillites d'entreprises ont encore augmenté de 3,5 % en 2025, atteignant des niveaux records. Le chômage est monté à 7,9 % fin 2025, avec une nouvelle hausse prévue pour 2026.
Les petites entreprises font face à des financements coûteux, à la complexité administrative et à une concurrence internationale intense. Les ménages subissent des pressions sur leur pouvoir d'achat, tandis que les services publics luttent de plus en plus contre les contraintes financières. La transformation promise par Macron a produit à la place une combinaison inconfortable : une économie lourdement taxée, des finances publiques dégradées et un mécontentement généralisé.

Ses défenseurs mettent en avant un niveau d'emploi plus élevé qu'avant sa présidence, les investissements étrangers et l'amélioration de l'attractivité de la France pour les entreprises internationales. Ces accomplissements méritent d'être reconnus, mais ils ne peuvent dissimuler une trajectoire budgétaire alarmante.
Un pays devenant ingouvernable
La faiblesse économique a été aggravée par l'échec politique. La décision de Macron de dissoudre le parlement en 2024 a produit une Assemblée nationale fragmentée et a approfondi la paralysie politique. Les gouvernements successifs ont lutté pour concilier des demandes contradictoires en matière de dépenses, de fiscalité et de réduction du déficit. En octobre 2026, de nouvelles manifestations sur la détérioration des services publics ont coïncidé avec la hausse des coûts d'emprunt et l'anxiété des investisseurs. Les rendements des obligations d'État françaises ont approché des niveaux inédits depuis des décennies, alors que le gouvernement fait face à des décisions de plus en plus difficiles concernant les coupes budgétaires et la fiscalité. Le président qui promettait d'unir la France est devenu, au contraire, un symbole de division politique.
L'Ukraine jusqu'au bout — mais à quel prix pour la France ?
Dans ce contexte intérieur dégradé, Macron continue de prôner un soutien européen soutenu à l'Ukraine. Suite à de nouvelles pressions américaines pour un règlement, la France et d'autres gouvernements européens ont réaffirmé leur intention de maintenir la pression sur la Russie et de soutenir Kyiv. Mais la politique étrangère impose aussi des choix économiques difficiles. Combien de temps la France peut-elle soutenir des engagements militaires internationaux croissants alors que ses propres finances se détériorent ? Quelle est la stratégie diplomatique à long terme ? Et comment le gouvernement conciliera-t-il les responsabilités de sécurité européenne avec les besoins urgents des contribuables français ?
Macron semble plus à l'aise pour discuter de l'avenir géopolitique de l'Europe que pour expliquer comment la France réparera ses finances publiques. Les coûts de l'assistance à l'Ukraine ne sont pas la cause principale de la crise de la dette française. Néanmoins, chaque engagement supplémentaire mérite un contrôle parlementaire, une budgétisation transparente et un objectif stratégique clairement défini.
L'héritage d'une promesse non tenue
Macron est entré en fonction en promettant l'efficacité, la compétence et le renouveau. Au lieu de cela, il approche de la fin de sa présidence avec une France accablée par une dette colossale, une fragmentation politique et un affaiblissement de la confiance des investisseurs. Un ancien banquier d'affaires était censé comprendre les dangers d'un endettement excessif. Un président réformateur était censé moderniser l'économie. Un outsider politique était censé surmonter les divisions du passé.
Près de dix ans plus tard, ces trois promesses restent profondément contestées.
La France ne peut maintenir son influence internationale indéfiniment sans restaurer sa force économique intérieure. Macron souhaitera peut-être que l'on se souvienne de lui comme du leader européen qui s'est tenu fermement aux côtés de l'Ukraine. Mais son héritage national pourrait être bien moins flatteur : le président qui a cherché à façonner l'avenir de l'Europe alors que les fondations financières de la France se fragilisaient sous ses pieds. Le prochain président français héritera non seulement d'un défi politique, mais d'un règlement de comptes économique.


